J’ai laissé mon enfant au pays...

 

 

A cause de leur situation précaire, parce qu’elles sont au chômage ou qu’elles ont des revenus indécents, certaines femmes ont décidé de laisser un ou plusieurs enfants au pays, chez la famille, au moins le temps de se stabiliser financièrement, et de pouvoir à nouveau assurer leur éducation. Ce choix, disent-elles, elles l’ont fait malgré elles et plutôt que de faire souffrir avec elles, leurs chères têtes brunes, elles ont préféré qu’il(s) ne manque(nt) de rien au pays. Cependant, au fond d’elles, le sentiment de l’abandon est omniprésent mais elles savent pertinemment que leur amour seul n’aurait jamais suffit à leur assurer une existence correcte. Elles nous livrent leurs expériences.

 

Djawida, 39 ans, divorcée, cinq enfants

« Je n’ai pas les moyens de subvenir aux besoins de mes cinq enfants. C’est pourquoi, il y a deux ans, après mon divorce, j’ai été contrainte de travailler. Mes enfants étant en bas âge, je ne pouvais les laisser seuls à la maison ou les faire garder. Je n’ai pas les moyens de payer de nourrice. En tant que mère célibataire, faire vivre convenablement mes cinq enfants me semble impossible pour le moment. L’été dernier j’ai donc pris la décision de laisser les deux plus jeunes, âgés de dix huit moi et de trois ans, chez ma sœur, au Maroc. Elle n’a qu’un enfant, pour le moment. Voyant les difficultés que je rencontrais, en France, c’est elle-même qui  m’a encouragé à laisser mon fils et ma fille. Je leur envoie de l’argent tous les mois, je veille à ce qu’ils ne manquent de rien et je sais que ma sœur les chérira comme ses propres enfants. Ils me manquent et j’aurais souhaité les avoir près de moi, mais pour l’instant, je ne peux me résoudre à les faire vivre dans la misère. J’espère pourvoir un jour les récupérer et enfin leur offrir ce qu’il y’ a de meilleurs. »

 

Zoulikha, 23 ans, mariée, un enfant

« A cause de mon état de santé, j’ai été contrainte de laisser ma fille, âgée d’un an et demi, à ma mère en Algérie. Mes nombreux séjours à l’hôpital ne me permettent malheureusement pas de m’occuper d’elle. Pour ne rien vous cacher, mon mari est seul à travailler. Son salaire ne nous permet pas de payer une personne d’autant que nous sommes jeunes propriétaires et qu’il faut rembourser notre prêt à la banque. Je compte laisser ma fille au pays,  jusqu’à ce qu’elle soit en âge d’aller à la maternelle. J’espère que d’ici là mon état de santé s’améliorera et que je pourrais enfin travailler. J’ai toujours cette peur d’entendre ma fille me reprocher de l’avoir abandonnée. J’espère qu’elle comprendra mon geste désespéré… »

 

Nadia, 45 ans, mariée, quatre enfants

« J’ai quitté mon pays natale, l’Algérie, il y a une vingtaine d’années, afin de venir m’installer avec mon mari en France. J’étais jeune mais j’avais déjà deux enfants en bas âge. Une fille de quatre ans et une autre de deux ans. D’un point de vue pratique mais surtout financier, je ne pouvais malheureusement pas les ramener avec moi au départ et je les ai laissées à ma mère. Bien que j’étais hébergée chez de la famille, je ne voulais pas les déranger davantage avec mes enfants, déjà qu’ils en faisaient assez pour mon mari et moi. Il nous a fallu, à peu près cinq ans pour nous stabiliser et avoir un travail convenable. Nous avons donc décidé de récupérer nos deux filles. Elles étaient en bonne santé et il ne leur manquait rien au pays, cependant, je ne pouvais pas m’imaginer vivre loin d’elles encore plus longtemps. Il me semblait les avoir abandonnées ».

 

 

Darine HABCHI

paru le 23/06/2011

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