Jusqu’au bout de la nuit...
Un peu partout dans les grandes villes françaises, des boîtes de nuit pour maghrébins ouvrent leurs portes. Loin de faire l’unanimité, elles enchantent les uns et révoltent les autres. Gazelle a mené l’enquête sur ces nouveaux endroits à la mode.
Un samedi soir dans une ville du sud de la France, une soirée est annoncée depuis des semaines dans une boîte à la mode. A peine arrivés, le ton est donné : alcool, belles filles, bonne musique, tous les ingrédients d’un cocktail explosif sont réunis. Seulement, nous ne sommes ni à Saint Tropez, ni dans un établissement fréquenté par la jet set parisienne… Non, nous sommes dans une boîte de nuit qui diffuse seulement du Raï.
Ce soir ils sont venus de toute la région et parfois de plus loin. Une centaine de personnes commence à s’impatienter devant la porte d’entrée : « J’ai fait 150 km pour assister à cette soirée : je viens d’une petite ville et il n’y a pas de lieu comme celui-ci. Et puis, je dois avouer que j’en ai un peu marre de me faire refuser l’entrée ailleurs. Au moins ici je sais que je ne viens pas pour repartir 10 minutes plus tard » explique Karim, 20 ans.
Des affiches annonçant un Cheb Khalass ici ou un Dj Abdel « remix soirée orientale » par là inondent les murs de nos grandes villes et rivalisent avec les publicités des établissements huppés.
Certains en raffolent et s’y rendent chaque semaine « Il y a souvent des chanteurs et chanteuses de Raï que j’adore, du coup je m’y rend régulièrement pour les applaudir et danser un peu aussi. J’adore l’ambiance qui y règne, j’ai l’impression d’être dans un mariage en Algérie ! » nous confie Majida, ravie.
Cependant, après observation, il apparaît que la clientèle de ces boîtes de nuit est très diverse ; des jeunes d’origine maghrébine sont présents mais il y également un couple de français, la trentaine, ravis de pouvoir « danser sur une autre musique que celle de David Guetta ».
Certaines s’y rendent en cachette, par crainte d’attirer les foudres de parents conservateurs, c’est le cas de Myriam : « Je dis à mes parents que je passe la nuit chez une copine, ils ont l’esprit tranquille et moi je peux sortir en boîte. Je ne fais rien de mal, je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je m’y rends juste pour m’amuser un peu, danser et m’éclater avec mes copines.»
Mais depuis peu, ces lieux de divertissement sont devenus infréquentables, les bagarres y sont de plus en fréquentes, l’alcool aidant. Certains se refusent à y aller, comme Abdel « Que ce soit une boîte de nuit pour maghrébins ou pas, pour moi c’est avant tout un lieu de débauche. Si tu y vas c’est pour une raison bien précise : draguer ou te faire draguer, boire éventuellement de l’alcool et aller te frotter à des gens que tu ne connais pas. En tant que bon musulman, je ne fréquenterai jamais ce genre d’endroit. Je ne cherche pas à faire la morale à qui que ce soit, j’estime juste que les hommes et les femmes de confession musulmane n’ont rien à faire là-bas ».
Avant, de par notre culture et nos traditions, ces boîtes de nuit étaient mal vues. Mais aujourd’hui la réalité est toute autre. Les nouvelles générations vivent comme leurs concitoyens français : ils sortent en boîte, vont au restaurant halal. Ils ont su allier traditions et modernité.
Sabrina BENALI
paru le 24/01/2012





