Kenza Drider,

un rêve de présidentiel avorté...

 

 

Kenza Drider, jeune avignonnaise de 32 ans, s'était fait connaitre durant les débats sur le voile intégral. Elle avait annoncé sa candidature à l'élection présidentielle au nom de la liberté « pour toutes les femmes ». Entretien.

 

 

Qu'est-ce qui vous avait incité à vous lancer dans la campagne présidentielle?

Je m’étais décidée à me présenter à la présidentielle parce que j'avais constaté que l'égalité entre les femmes et les hommes n'était pas appliquée en France. Il existe encore beaucoup d'inégalités que ce soit dans le monde de l'entreprise, en politique... Je suis d'autant plus révoltée que l'Etat Français fait des lois contre les femmes musulmanes alors qu'il y a quotidiennement des femmes qui subissent des violences conjugales et l'Etat ne fait rien pour lutter contre cela !

 

Pour que votre candidature soit validée, il vous fallait 500 signatures de maires…

Je n'ai pas eu de signature même si j’espérais avoir au moins un maire qui prendrait ma candidature au sérieux...

 

Aviez-vous bénéficié d'un comité de soutien ?

Oui, énormément de gens m’avaient soutenu. J'avais eu le soutien de plusieurs associations de ma ville, dont une association juive. Beaucoup de femmes, y compris des femmes non voilées, soutenaient ma candidature. J’ai aussi pu compter sur Hassan Ben M’Barek, président du FBI (Front des Banlieues Indépendant) et de Rachid Nekkaz, porte-parole de l’association Touche pas à ma Constitution, qui était président du comité de soutien à ma candidature.

 

Votre programme comportait 100 propositions. Quelles en étaient les principales ?

Dans le domaine social, il y avait bien sûr l'abrogation de la loi sur l'interdiction du voile intégral, l'accès prioritaire au logement pour les femmes divorcés qui ont un enfant, la retraite à 60 ans pour les femmes (et 65 ans pour les hommes), la parité absolue hommes-femmes dans les conseils d'administration des entreprises et dans les assemblées, la revalorisation de 20% des salaires des femmes. Dans le domaine de la culture, je prévoyais la mise en place d'une carte universelle de 30 € qui donne accès à toutes les bibliothèques et à tous les musées. Et dans l'éducation, l'augmentation de 10 % des salaires des enseignants ayant plus de 20 ans d'ancienneté.

 

Aviez-vous tenté de faire invalider la loi du 11 avril 2011 relative à l'interdiction du port du voile intégral ?

Oui, on avait entrepris des démarches visant à faire annuler cette loi. Notre méthode consistait à se faire verbaliser. La vice-présidente de notre association "Citoyennes de la liberté" avait été verbalisée et elle avait été jugée en septembre. Elle sera une nouvelle fois jugée en décembre à Paris. Nous allons profiter qu'elle passe en cour cassation pour faire annuler la loi. Nous sommes au cœur de notre combat, d'autant qu'en décembre, le sénat va faire voter une loi pour interdire le voile dans les crèches et pour les assistantes maternelles. C'est dégoutant de faire des lois qui criminalisent des femmes musulmanes !

 

A quoi répondez-vous quand on vous oppose le principe de laïcité ?

Les politiques ont pris la laïcité en otage. Ce sont des intégristes de la laïcité. A la base, la laïcité prévoit la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Toute personne travaillant pour l'Etat doit être neutre. Mais pour les personnes qui ne travaillent pas pour l'Etat, cette laïcité est censée garantir le droit de conscience, le droit de religion, le droit d'aller et venir. La défense de la laïcité que mettent en avant certains politiquent, ne vise qu'une seule religion: l'Islam. On fait la guerre à L'Islam comme on a fait la guerre au christianisme puis au judaïsme. Pour moi, ce ne sont ni plus ni moins que des islamophobes !

 

Comment expliquez-vous cette stigmatisation de l'Islam ?

Je ne l'explique pas. Je ne peux que le constater et le déplorer. Les politiques veulent tout simplement éradiquer l'Islam dans l'espace public. On ne peut pas parler de démocratie, de liberté d'égalité et de fraternité, quand on fait des lois liberticides. En France, les femmes qui portent le voile intégral le font en toute liberté. C'est un choix personnel. Pour moi, ceux qui font ces lois profitent de l'ignorance des gens pour leur faire croire que nous sommes soumises. Ce sont eux les machos !

 

Il y a aussi des féministes, comme Elizabeth Badinter, qui se disent opposées au port du voile ?

Pourquoi la liberté de la femme ne devrait passer que par le décolleté ou la mini-jupe? Une femme peut-être libre tout en portant le voile intégral ou le hijab. Les féministes doivent comprendre que le déshabillement n'est pas nécessairement un symbole de liberté. Elles se sont battus pour leurs droits et aujourd'hui, nous aussi nous nous battons pour faire valoir les nôtres. Nous avons tenté de contacter des associations féministes mais elles n'ont pas répondu. Je trouve que c'est dommage parce que lorsque l'on est féministe, on doit se battre pour toutes les femmes !

 

Vous pensiez mobiliser quel type d'électorat autour de votre candidature ?

Je m'adressais à toutes les femmes qu'elles soient musulmanes, d'une autre religion, ou athées et plus généralement à toutes les personnes qui sont sensibles au combat des femmes. Je voulais montrer qu'une femme qui porte le voile intégral pouvait aller sur le terrain pour défendre des idées et résoudre des problèmes de société.

 

 

Sarah BEN AMMAR

paru le 09/04/2012

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