À l’approche du Blue Monday, le 19 janvier, l’Observatoire B2V des Mémoires met en lumière le lien complexe entre la dépression et la mémoire. Il semblerait que la dépression ne soit pas sans conséquence sur la capacité à se souvenir et à traiter l’information. Francis Eustache, neuropsychologue et président du Conseil Scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, ainsi que Catherine Thomas-Antérion, neurologue et docteure en neuropsychologie expliquent ces problématiques.
La dépression qu’est ce que c’est ? Il s’agit d’une maladie psychique et non d’un simple « coup de blues » passager ou d’une faiblesse quelconque. Elle affecte généralement, le moral, le corps et les pensées. Ce trouble n’est pas à prendre à la légère, il peut toucher des personnes de tout âge et de tous les milieux sociaux.
Une personne dépressive ressent une profonde tristesse durant souvent dans le temps. Cette tristesse s’accompagne bien souvent d’une perte d’intérêt ou de plaisir pour les activités qu’elle appréciait pourtant. La fatigue est intense, même sans effort. Se lever, se concentrer ou prendre des décisions demande de fournir de grands efforts.
Un impact fort sur le fonctionnement du cerveau
La dépression agit aussi sur le fonctionnement du cerveau. En effet, les pensées deviennent souvent négatives, la confiance en soi diminue et le regard porté sur soi, sur les autres et sur l’avenir s’assombrit. S’ajoutent sournoisement, les troubles du sommeil, les manques d’appétit et de les problèmes de mémoire. Certaines personnes éprouvent même des idées suicidaires.
Même si les problèmes de mémoire ne sont pas directement liés à la dépression, cette dernière perturbe considérablement notre capacité à mémoriser et à traiter l’information. Les difficultés de concentration et le manque de sommeil altèrent la consolidation des souvenirs, rendant l’accès à certaines mémoires difficile. Contrairement à des affections comme la maladie d’Alzheimer, qui entraîne une perte de mémoire structurelle, la mémoire déprimée peut s’améliorer avec des indices contextuels. Cependant, les pensées négatives omniprésentes et la distorsion du temps aggravent ce trouble, menaçant d’enfermer l’individu dans un cercle vicieux de souvenirs tristes.
Les changements cérébraux liés à la dépression
Des études en neurosciences, notamment grâce à l’imagerie cérébrale fonctionnelle, révèlent des modifications métaboliques dans des régions clés du cerveau, comme les lobes frontaux et les hippocampes, qui jouent un rôle crucial dans la mémoire, l’attention et le traitement de l’information. Les dysfonctionnements observés sous-tendent des difficultés dans l’encodage et la récupération des souvenirs.
Il est important de noter que les résultats d’imagerie ne sont pas utiles pour suivre l’évolution de l’état d’un patient dépressif, car ces examens ne révèlent pas de lésions structurelles. En revanche, lorsqu’une dépression est surmontée, la mémoire et d’autres fonctions comme le sommeil et l’appétit reviennent généralement à la normale. Cela dit, il est courant que les souvenirs évoqués pendant cette période restent teintés de tristesse, entraînant une pauvreté des souvenirs biographiques recueillis.
Par ailleurs, bien que la dépression soit une maladie grave affectant lourdement le quotidien de ceux et celles qui en souffrent, elle se soigne. Grâce à un accompagnement médical, psychologique et parfois médicamenteux, il est possible d’aller mieux et de retrouver progressivement énergie, clarté mentale, fonction cognitive et plaisir de vivre.